
| Il a dit
¤ Rien de plus compliqué que la simplicité. ¤ Parvenir à cultiver son jardin, c'est déjà superbe. ¤ L'intérêt lors de la création d'une œuvre se trouve dans l'imprévisible, l'accident de parcours. ¤ Qu'est-ce que l'avenir? C'est l'infini. ¤ Je pratique les arts martiaux. Un de mes professeurs a dit à ce propos une phrase qui s'accorde bien avec la démarche d'un artiste: il faut être là où on ne vous attend pas. ¤ Ne pas chercher à tout prix à dire mais se laisser porter par le matériau. ¤ Faut-il ressasser un thème? Aller jusqu'au bout? Le risque existe toujours d'aboutir à une voie de garage. L'essentiel est de se ressourcer. ¤ Une des
fonctions de l'art est d'aller à l'encontre de la médiocrité
humaine. |
Bernard
Lepercq
Explorateur
en arts plastiques
Entretien : Michel Voiturier -Le Courrier de l'Escaut (26-05-04)-
L'art
peut-il s'enseigner?
La réponse mérite des nuances. Il existe des œuvres qui
se créent intuitivement, même pour quelqu'un qui ne possède
aucun bagage culturel car la sensibilité et le besoin de s'exprimer
existent chez chacun. Néanmoins le savoir faire, la technique sont
des éléments qui s'apprennent et qu'il est bon de posséder.
De plus, un professeur se doit d'aider l'étudiant à réfléchir
sur son travail. Non pas lui imposer ce qu'il doit faire, mais lui permettre
de prendre un certain recul, de trouver des repères, d'ouvrir des portes
qu'il n'aurait pas ouvertes aussi rapidement.
Les possibilités actuelles amènent les artistes à
d'autres démarches que la peinture.
Depuis quatre ou cinq ans, je peins peu. Peut-être est-ce une question
de sensibilité personnelle. Puisque je pense qu'on finit toujours par
tourner autour des mêmes thèmes, il est normal de se frotter
à de nombreux moyens d'expressions. Personnellement, je suis quelqu'un
qui est attiré par de nouvelles façons de produire. Lorsque
j'ai employé, j'ai envie de tâter d'un autre. C'est comme si
le matériau, le support me suggérait de l'expérimenter
pour entrer dans une pratique nouvelle dont je découvre les contraintes
techniques et les potentialités au cours de l'action même.
Quelle est la thématique qui transparaît le plus dans
vos travaux?
Ce que l'on ressent au plus profond de soi se retrouve forcément dans
les réalisations. Au risque de répétition. Dans mon cas,
il s'agit du corps. Je m'interroge sur cette vie qui est placée dans
un espace quotidien, dans un déroulement temporel. Il est vrai que
j'aspire à traduire davantage une conception sociale. Je voudrai parvenir
à parler de ce réel qui nous environne et qui, aujourd'hui,
est loin d'être serein et équitable. Bien sûr, je ne suis
pas certain qu'un artiste puisse réellement faire bouger la société.
Peut-être est-il susceptible de convaincre quelques personnes, de les
influencer et être une sorte de flocon qui s'ajouterait à une
boule de neige. Un acte infime qui transmet une émotion, une sensation,
une pensée.
N'est-ce pas utopiste?
Probablement. Je suis malgré tout persuadé que la rencontre
avec des œuvres est susceptible de laisser une trace chez les gens. Durant
mes études secondaires, j'ai été influencé par
le Candide de Voltaire. Quand Picasso a peint Guernica pour dénoncer
les bombardements sur la population civile, il a suscité une interrogation.
D'autres comme les artistes abstraits se sont davantage tournés vers
l'introspection: face à des Rothko, par exemple, j'ai ressenti un merveilleux
calme intérieur. Le problème n'est pas simple. La force des
documents photographiques est grande actuellement. Je ne sais pas si un travail
artistique est capable de parvenir à véhiculer un impact aussi
direct. Cela revient sans doute aussi à relier au contexte socio-politique
dans lequel nous vivons. Si j'habitai à Sarajevo ou en Irak, ma création
serait différente. Les problèmes esthétiques ne sont
pas vitaux. C'est une sorte de luxe qu'il est plutôt facile de pratiquer
en nos régions favorisées et démocratiques.
Pour rester créatif, est-il bon de se sentir mal dans sa peau?
Cela me paraît une conception héritée d'un certain romantisme.
Croire qu'il faut l'ivresse de l'alcool ou les illuminations via une drogue
dure est une erreur. Beaucoup, dont je suis, pensent qu'il est possible de
créer en conservant son équilibre mental et moral.


